Narbonne Yearlings
National
-
22 Jul 2026 00:00
-
24 Jul 2026 07:00
-
Yearlings
Dermience Philippe - Jemelle: 1 National Narbonne 4.223 yearlings - 1 International et plus rapide de 17.592 pigeons
Il suffit de quelques minutes passées à Jemelle pour comprendre que rien n'a été laissé au hasard. Nichée au cœur de cette région où les vallées ardennaises se succèdent et où les vents changent au gré du relief, la propriété de Philippe Dermience respire la sérénité. Les pigeonniers, parfaitement entretenus, s'intègrent naturellement dans leur environnement. Ici, pas de luxe ostentatoire ni d'installations démesurées. Tout est pensé pour le bien-être des pigeons, avec une seule ambition : former des voyageurs capables de rivaliser avec les meilleurs sur les plus longues distances. Pourtant, derrière cette image de réussite se cache une histoire faite de patience, de passion et d'une remise en question permanente. Car rien n'était écrit d'avance.
Une passion née presque par hasard
À 58 ans, Philippe Dermience compte près de quatre décennies de colombophilie derrière lui. Pourtant, rien ne le prédestinait à consacrer autant de temps à ce sport. Nous sommes en 1987 lorsqu'il fait la connaissance d'une jeune fille dont le père, Fernand Stiers, est un amateur réputé de vitesse. En découvrant son colombier, le jeune Philippe est immédiatement fasciné. Le virus est inoculé. Comme beaucoup de grands colombophiles, il commence modestement. Les premiers pigeons proviennent naturellement de Fernand Stiers, qui lui transmet bien plus que quelques sujets : il lui apprend la rigueur, l'observation et le respect du pigeon. Des valeurs qui l'accompagnent encore aujourd'hui. Les débuts sont fulgurants. Dès sa première saison, il domine les concours de vitesse dans la société de Jemelle. Une entrée en matière qui confirme son intuition : il possède un véritable sens du pigeon. À cette époque, les installations sont aménagées chez ses parents, à Rochefort. Son père, d'abord simple spectateur, finit lui aussi par succomber à la passion. Pendant une vingtaine d'années, père et fils font évoluer la colonie, multipliant les expériences et apprenant, concours après concours, les exigences de la compétition. Puis vient un tournant important. En 1995, Philippe décide de construire sa propre maison. Mais un détail résume parfaitement l'homme : le pigeonnier sera terminé avant même l'habitation familiale. Beaucoup auraient commencé par le salon ou la cuisine ; lui commence par offrir un toit à ses pigeons. Ce choix peut faire sourire, mais il traduit parfaitement la place que la colombophilie occupe dans sa vie.
De la vitesse au grand fond
Comme beaucoup d'amateurs, Philippe Dermience fait d'abord ses armes en vitesse. Pendant deux ou trois saisons, il apprend à connaître ses pigeons et affine sa méthode. Très vite pourtant, une autre discipline attire son regard. Le fond, puis le grand fond.Ces concours exigent davantage qu'une simple vitesse de pointe. Ils récompensent les pigeons complets, capables de gérer plusieurs heures, voire une journée entière d'effort, quelles que soient les conditions météorologiques. Cette recherche du pigeon parfait devient progressivement une véritable obsession. Au fil des années, les performances se multiplient. Les classements nationaux viennent confirmer que la colonie progresse constamment. Philippe Dermience s'impose peu à peu comme l'un des spécialistes belges des longues distances, avec plusieurs résultats de tout premier plan sur les concours nationaux. Cette régularité n'est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une ligne de conduite que Philippe n'a jamais abandonnée : construire lentement une souche, sans suivre les modes du moment.
Construire une souche avant de rechercher les résultats
Lorsque l'on évoque les origines de sa colonie, Philippe parle avant tout de continuité. Les premiers sujets proviennent naturellement de Fernand Stiers. Ils constituent les fondations de son élevage. Par la suite, la colonie s'enrichit progressivement avec l'apport d'une lignée qui marquera durablement son élevage : celle du célèbre « Châteauroux » issue de Jan Theelen, un pigeon qui a profondément influencé le grand fond européen. Cette introduction apporte l'endurance et la régularité recherchées. Au fil des années, d'autres sangs soigneusement sélectionnés viennent renforcer cette base, notamment par l'intermédiaire de Vincent Schroeder, Anthony Deschamps ou encore De Smeyter. L'objectif n'est jamais de bouleverser la colonie, mais de consolider les qualités déjà présentes. « Pour garder une colonie, il faut garder la base », explique simplement Philippe. Une phrase qui résume parfaitement sa philosophie.
Une mécanique parfaitement huilée
Lorsque l'on pénètre dans les différents compartiments du colombier, une chose saute immédiatement aux yeux : chaque pigeon a sa place, chaque section a sa fonction, et rien n'est laissé à l'improvisation. Philippe Dermience n'est pas un homme des systèmes compliqués. Au contraire, il revendique une approche simple, presque minimaliste. « Plus on complique, plus on se perd », glisse-t-il en ouvrant la porte du compartiment des vieux mâles. Son équipe de base se compose de 16 vieux mâles joués au veuvage, d'environ 40 yearlings mâles et d'une soixantaine de femelles. Chaque année, il élève près de 150 jeunes, mais seuls 50 à 70 d'entre eux resteront dans la colonie après les pertes naturelles, les concours et surtout la pression grandissante des rapaces, particulièrement marquée dans cette région. Derrière les voyageurs, les reproducteurs occupent un espace à part. Trente-deux couples y vivent dans un calme presque surprenant. Ici, Philippe ne force pas les unions. Les pigeons peuvent se choisir librement, et chaque hiver certains partenaires sont retirés afin de permettre de nouvelles associations naturelles. « Un couple qui se choisit fonctionne souvent mieux qu'un couple imposé », explique-t-il. Les reproducteurs sont accouplés dès le mois de décembre, tandis que les vieux mâles voyageurs ne sont mis en ménage qu'à la mi-février. Les yearlings, eux, restent célibataires en début de saison, une manière de les garder concentrés sur l'apprentissage de la compétition. Quant aux femelles, elles sont jouées selon un système particulier : elles vivent entre elles et développent des attaches très fortes, ce qui constitue un puissant moteur de motivation au retour des concours.
Le pigeon doit apprendre
S'il y a un sujet sur lequel Philippe Dermience se montre catégorique, c'est bien celui de la formation. Pour lui, un pigeon de grand fond ne naît pas champion ; il le devient. Les vieux sont engagés sur pratiquement tous les concours de fond et de grand fond du calendrier. « Je serais malade si je laissais passer un concours », avoue-t-il en souriant. Les femelles suivent le même rythme soutenu. Elles sont testées régulièrement, sans protection excessive. Mais c'est surtout avec les yearlings que sa philosophie apparaît le plus clairement. Il les engage volontiers dans les concours du Groupement Luxembourgeois. « C'est là que je trie mes bons pigeons. S'ils savent se défendre dans ces concours, ils peuvent devenir des pigeons de grand fond. » Cette phrase résume toute sa méthode : le concours est le seul juge. Les jeunes, en revanche, ne constituent pas sa discipline favorite. Philippe les entraîne, les éduque, mais ne cherche pas absolument à briller avec eux. Certaines années, il les joue très peu. Cette saison, ils n'ont effectué que quelques entraînements progressifs de 10, 20 puis 40 kilomètres. Son objectif n'est pas de gagner un championnat de jeunes. Son objectif est ailleurs !
La quête de l'as pigeon de grand fond
« Mon rêve, c'est de faire un as pigeon de grand fond. » La phrase tombe naturellement, sans emphase. Pourtant, elle éclaire toute la logique de la colonie. Chaque décision est prise en fonction de cet objectif : la sélection, les accouplements, le programme de concours, le tri des yearlings. Et le tri, justement, occupe une place centrale. Philippe se montre d'une franchise désarmante : « Je ne regarde pas les origines. Seul le résultat compte. » Dans un milieu où les pedigrees prestigieux peuvent parfois faire tourner les têtes, cette position tranche nettement. Bien sûr, il connaît l'importance des lignées et a bâti sa colonie autour de familles solides. Mais une fois le pigeon dans le colombier, le nom inscrit sur le pedigree ne lui accorde aucun privilège. Le concours décide ! Un pigeon peut être issu des meilleures origines du monde ; s'il ne montre pas les qualités recherchées sur le terrain, il ne restera pas. Cette exigence explique sans doute la remarquable régularité de ses résultats nationaux au fil des années.
Les pigeons qui ont changé l'histoire de la colonie
Certaines colonies sont marquées par un pigeon fondateur. Chez Philippe Dermience, plusieurs voyageurs ont joué ce rôle, mais deux noms reviennent systématiquement dans les conversations : « L'Éclair » et « La Brive ». « L'Éclair » a donné à la colonie une impulsion décisive. Sa descendance a transmis vitesse, orientation et surtout cette capacité à répéter les performances sur les longues distances. Puis est venue la femelle du 2e National Brive, un résultat qui a définitivement placé le nom de Philippe Dermience parmi les références belges du fond. Cette femelle, directement liée à la base Theelen, a confirmé que la colonie possédait désormais les armes pour rivaliser avec les plus grands spécialistes nationaux. Cette femelle occupe une place toute particulière dans la colonie. Elle est en effet la fille du 1er Châteauroux remporté face à plus de 13.000 pigeons, un voyageur d'exception qui a profondément marqué l'élevage. Comme les grandes reproductrices, elle a ensuite confirmé toute sa valeur au colombier en devenant la grand-mère du 1er As Pigeon National Grand Fond KBDB. Une preuve supplémentaire que, chez Philippe Dermience, les performances ne sont pas le fruit du hasard mais bien le résultat d'une souche familiale solidement établie, capable de transmettre ses qualités de génération en génération.
La simplicité comme ligne de conduite
Cette recherche de simplicité se retrouve également dans le domaine médical et alimentaire. Philippe travaille principalement avec les produits Schroeder et effectue un ou deux contrôles vétérinaires par an chez Raf Herbots. Il ne multiplie pas les analyses en début de saison et préfère intervenir de manière raisonnée. Le programme reste classique : vaccination contre la paramyxovirose et les poquettes chez les jeunes, rappel chez les vieux, traitement contre la paratyphose et interventions ciblées contre la trichomonose et la coccidiose lorsque cela devient nécessaire. Pour les voies respiratoires, il n'agit qu'à l'approche des grands rendez-vous. Même philosophie pour l'alimentation. Les reproducteurs reçoivent un mélange d'élevage, tandis que les voyageurs sont nourris avec une base Colombi, complétée par un mélange Beyers Énergie durant les trois derniers jours précédant les grands concours. Les suppléments se limitent à quelques produits éprouvés, comme le Tollyamin et certains compléments Herbots. « Mon système, c'est de faire au plus simple », répète-t-il. Et lorsque l'on observe la qualité des pigeons présents dans les mains de Philippe Dermience, on comprend que cette simplicité n'a rien d'une facilité. Elle est le résultat de près de quarante années d'expérience, de milliers de kilomètres parcourus par ses pigeons et d'une conviction profonde : dans le grand fond, les détails comptent, mais seule la cohérence d'ensemble permet de durer. Il reste encore une dernière partie à raconter : celle de l'homme derrière les résultats, de sa relation aux pigeons et de ce qui fait aujourd'hui la singularité de la colonie Dermience à Jemelle.
Une réussite bâtie dans la durée
Au fil des années, Philippe Dermience s'est imposé comme l'un des noms incontournables du fond et du grand fond belge. Pourtant, rien dans son parcours ne laisse penser à une quête effrénée de reconnaissance. Les performances sont venues naturellement, comme la récompense d'un travail mené avec constance, rigueur et humilité. Son nom apparaît régulièrement parmi les meilleurs classements nationaux, preuve d'une remarquable régularité au plus haut niveau. Parmi les résultats qui ont jalonné son parcours, certains ont marqué durablement les esprits : un 2e National Brive, un 4e National Marseille, un 10e National Jarnac, mais surtout deux victoires au 1er National Narbonne en l'espace de quatre années. Une performance d'autant plus remarquable qu'elle s'accompagne également d'un 2e International Narbonne et d'un 1er International Narbonne, confirmant Philippe Dermience parmi les grandes références européennes du fond et du grand fond. Mais réduire Philippe Dermience à son seul palmarès serait une erreur. Ce qui frappe le plus en visitant son installation de Jemelle, c'est la cohérence de l'ensemble. Chaque décision, chaque accouplement, chaque sélection répond à une même logique. Ici, il n'y a ni recette miracle ni recherche de l'effet de mode. Seule compte la construction patiente d'une colonie capable de se maintenir au plus haut niveau année après année. Dans un sport où les tendances évoluent sans cesse, Philippe est resté fidèle à ses convictions. Observer avant d'agir. Tester avant de conserver. Et surtout, toujours laisser le pigeon s'exprimer. Cette philosophie lui a permis de bâtir une souche homogène, reconnue bien au-delà des frontières de sa région, et dont les performances continuent aujourd'hui d'inspirer de nombreux amateurs. Avant de quitter Jemelle, nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements à Philippe Dermience pour le temps qu'il nous a consacré, pour son accueil chaleureux et pour la simplicité avec laquelle il a partagé son expérience. Il ouvre volontiers les portes de son colombier et n'hésite pas à transmettre sa vision de la colombophilie avec passion et humilité. Nous lui souhaitons de poursuivre encore longtemps sur cette voie, avec, nous n'en doutons pas, de nombreux succès à venir sur les plus belles épreuves du fond et du grand fond.
Pour L’équipe Herbots,
Lelièvre-Damit Julien
BE25-1103776
1 National Narbonne 4.223 yearlings
1 International et plus rapide de 17.592 pigeons
Distance: 770km
Vitesse: 1.058.19 m/m
Lelièvre Julien